[La Reprise du Jeudi] Led Zeppelin IV a 50 ans

Il y a 50 ans, Led Zeppelin sortait un quatrième album sans nom, sans aucune mention sur la pochette sinon quatre symboles mystérieux représentant chacun de ses membres. Pour la légende, il s’appellera logiquement Led Zeppelin IV. On y retrouve le heavy blues majestueux des débuts ainsi que le folk médiéval qui marqua Led Zeppelin III. Et puis surtout, il y a la quatrième piste, la ballade qui tue, Stairway to Heaven. On revient sur ces huit titres gravés pour l’éternité et de reprises qui en ont été faites depuis. Une playlist vous attend à la fin.

L’album est en parti composé à Headley Grange, une demeure victorienne isolée dans la campagne anglaise. Un labrador traîne autour de la bâtisse, le groupe d’adopte et il donne son nom à Black Dog, un premier titre aussi virtuose que puissant où il n’est absolument pas question de chien noir. Des années plus tard, Black Dog swingue et prend des accents funky quand le compositeur Paul Shaffer, qui dirigeait notamment l’orchestre du célèbre David Letterman Show sur CBS, s’assoit devant ses claviers et invite George Clinton pour reprendre le morceau sur son disque The World’s Most Dangerous party en 1993.

Rock’n’Roll porte bien son nom, pas de doute, c’est le titre le plus enlevé de l’album. Au quatuor vient s’ajouter le clavier de l’écossais Ian Stewart, celui qui fut le sixième Rolling Stone jusqu’à ce que le manager le mette à la porte à cause de son physique jugé trop rustique. On retrouve ici deux versions complétement différente. On change une lettre à Sambô et ça devient samba, c’est alors que votre popotin commence à remuer sans avoir demandé la permission. Raspoutina a été créé en 1992 par Melora Creager, qui avait notamment accompagné Nirvana en tournée. Le groupe se distingue par l’usage de deux violoncelles et une imagerie entre gothique et victorienne. Leur Rock’n’Roll est envoûtant et tendu comme une corde.

Dans Led Zeppelin III, le groupe fait la part belle à un folk d’inspiration médiévale, par le Moyen Age de Pépin le Bref mais plutôt celui des légendes celtiques, de Tolkien. The Battle of Evermore en est le plus bel exemple. C’est aussi le seul titre de toute la discographie de Led Zep où le groupe fait appel à une voix extérieure puisque Robert Plant partage ici le micro avec Sandy Denny de Fairport Convention.  Les soeurs Wilson du groupe de hard rock Heart l’ont repris sous le nom de The Lovemongers où début des années 90’s. Une version assez fidèle à l’original, et qui conserve la mandoline, tout comme celle du Shaking the Tree Choir. Cette chorale originaire de Melbourne nous livre une vidéo où tout n’est pas du meilleur goût, mais il nous amène dans une cérémonie païenne qui nous permet de recommander au passage le film The Wicker Man (1973) pour l’ambiance entre magie et mystique qui règne autour de ce morceau.

Et nous voilà arriver à la fameuse piste 4. George Harrison avait dit aux membres du groupe qu’il manquait une ballade pour qu’ils deviennent un super groupe. Pari tenu, voici LA ballade, celle qui servira de maître étalon à toutes les autres : Stairway to Heaven, qui commence doucement avec la John Paul Jones à la flute à bec, jusqu’au solo de guitare hard rock de Jimmy Page quelques minutes plus tard, quelle beauté, quelle majesté ! Mais gare à ne pas basculer du mauvais côté, du pompeux, c’est ce qui est arrivé à beaucoup de ceux qui l’ont repris. Le côté épique des compositions de Led Zep a attiré les artistes hip-hop, on a tous en mémoire l’ultra-clinquant Comme with Me de Puff Daddy utilisant le sample de Kashmir (qui ne figure pas pas dans cet album). le DJ slovène Grammatik est plus sobre et rajoute des basses à  Stairway to Heaven ainsi qu’un clavier très soul et quelques autres orchestrations bien senties. Sans transition, le duo Rodrigo y Gabriela fait danser leurs mains sur leur guitare et courir leurs doigts le long du manche, toujours avec la même dextérité et la même grâce.

Led Zeppelin cumule à peu près tous les honneurs cumulables pour un groupe de rock. Robert Plant et Jimmy Page sont chevaliers de la couronne, et en décembre 2012, ils recevaient les honneurs du John F Kennedy Memorial Center. Lors de la cérémonie, le couple Obama est en tribune, on retrouve les soeurs Wilson de Heart avec Jason Bonham (fils de) à la batterie, un ensemble de plusieurs dizaines de choristes, un parterre de violons, pour une interprétation de Stariway to Heaven forcement grandiose qui tire de chaudes larmes à Robert Plant.

Suit Misty Mountain Hop et son introduction au piano électrique par ce touche à tout de John Paul Jones. Le titre semble faire référence aux monts brumeux de la terre du milieu du Seigneur des Anneaux, une référence qui revient dans les textes de Led Zep. Le riff entêtant est d’abord samplé par les excités de Phunk Junkeez, dans leur morceau I am a Junkee de 1992, leur hip-hop sonne old school aujourd’hui, et très funky, comme annoncé. On retrouve aussi ce titre dans un tribute enregistré au milieu des années 90 par des groupes indés américains, et c’est les 4  Non Blondes qui s’en chargent. Elles savaient donc chanter autre chose que Hey Hey Hey Hey. Le clip est reprend quelques pochettes de Lep Zeppelin, dont forcement le vieillard au fagot dont Rock’n’Folk expliquait l’origine.

On revient au Mexique, ou plutôt on part pour Chicago avec le Sones de Mexico Ensemble de Chicago. Tout est dit dans le nom, depuis 1994, le groupe refait vivre le folklore des immigrés dans la capitale de l’Illinois. Dans leur disque Esta Tierra es Tuya, référence à This Land is Your Land de Woodie Guthrie, ils reprennent Four Stick dans un instrumental splendide. Tout le contraire de Unsane qui sort la tronçonneuse. Si les membres de Led Zeppelin étaient des monstres de studios, les groupes hardcore du début des années 90 n’avaient pas l’argent pour s’y éterniser, c’était le DIY  (Do It Yourself) levé en étendard. Le titre se nomme ainsi car John Bonham l’avait enregistré avec deux baguettes à chaque main. Il a été réinterprété en 1994 par Page & Plant avec un orchestre égyptien.

Led Zeppelin aura inspiré les projets les plus extravagants. Ainsi en 1997, Jaz Coleman et Youth de Killing Joke (groupe aussi industriel qu’apocalyptique) prennent le contrôle du London Philharmonic Orchestra pour enregistrer Kashmir : Symphonic Led Zeppelin où on retrouve notamment une version de Going to California forcement épique. Pour quelque chose de plus simple, ce rêve californien des anglais a fait l’objet de maintes et maintes reprises par des anonymes face à leur webcam avec leur guitare acoustique comme seul instrument.

Le disque se termine par When the Levee Breaks, la reprise d’un vieux titre de blues de 1927, signé Kansas Joe Mc Coy et Memphis Minnie qui fait référence à une crue exceptionnelle du Mississippi cette année-là, la vidéo avec des images d’époque en atteste. Les membres de Led Zeppelin étaient de grands amateurs de blues comme Keith Richards a cette même époque. Le titre a ensuite été plusieurs fois repris. On note une version blues avec une guitare slide par Kristin Hersh, l’ancienne Throwing Muses plutôt habituée au rock alternatif, et l’utilisation de la lourde batterie de John Bonham par les Beastie Boys en 1985 pour Rhymin’ & Stealin’.

Toutes ces reprises sont à retrouver dans cette playlist, l’icone en haut à gauche pour afficher le menu !

 

 

 

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