Interview – Berywam

Bonjour Berywam ! Il y a deux jours, vous étiez au festival Les Campulsations à Pessac. Comment c’était ?

WaWad : C’est la deuxième fois qu’on allait jouer à Bordeaux en tant que groupe. C’était un événement gratuit dans un campus universitaire et il y avait beaucoup de jeunes venus faire la fête. Le public était très accueillant. On en a gardé un super souvenir.

L’année dernière, vous avez remporté le 10ème championnat de France de Human BeatBox en équipe. Quel souvenir en avez-vous gardé ?

Rythmind : Un très bon souvenir sachant que l’année d’avant, on avait perdu en finale ! On a bossé toute l’année pour avoir la chance de participer aux championnats du monde. Ce qui nous fait plaisir, c’est de pouvoir représenter la France en mai 2018 à Berlin.

WaWad : C’est une fierté pour nous.

Beatness : Il va y avoir un très gros niveau. La concurrence promet d’être vraiment rude parce qu’en France, il y a déjà beaucoup de groupes qui sont très bons dans ce domaine-là. L’année prochaine, il y aura des beatboxers Américains, Anglais, Asiatiques. Tous les meilleurs en fait.

Est-ce que vous avez senti qu’il y avait comme un avant et un après championnat du fait que vous ayez gagné la compétition ?

WaWad : On essaie de populariser au maximum le beatbox en sortant régulièrement des vidéos sur internet mais c’est quelque chose d’assez puriste finalement. Là où ça a changé, c’est avec la renommée envers les beatboxers du monde entier. Par contre, pour le grand public Français, ça n’a pas beaucoup évolué.

Rythmind : Disons qu’en gagnant le championnat, on a obtenu la reconnaissance de nos pères, même si dans le groupe, il y en a déjà deux qui sont titrés en solo et comptent parmi les meilleurs beatboxers en Europe.

Beatness : Et comme on est champions de France, on est invités à plusieurs battles. On a aussi appris le beatbox à des jeunes beatboxers en Pologne. Puis on va partir en Angleterre… Toutes les communautés de beatbox nous invitent à venir faire des démonstrations, mais toujours en restant dans ce même milieu musical. Ce qui est déjà très bien.

Du fait que vous soyez tous les quatre en collocation, est-ce que certaines idées de compositions n’arrivent pas plus facilement, et à tout moment ?

WaWad : En dehors du fait qu’on soit potes, c’est en partie pour ça qu’on a choisi de vivre en collocation. Par exemple, si Beatness et Rythmind ont une idée mais qu’ils habitent à l’autre bout de la France, ça va être compliqué pour nous de bosser par téléphone. Alors que là, on peut se réunir.

MB14 : A partir du moment où on a signé avec Barclay en début d’année, c’était plus simple pour nous d’être ensemble pour produire les maquettes et avoir des retours rapides de la maison de disques. Parce qu’à la base, on n’est pas originaires de la même ville. Rythmind vient de Saint-Raphaël, moi d’Amiens en Picardie et les deux autres de Toulouse.

L’album risque de sortir plus vite que prévu. C’est chouette !

WaWad : Le truc, c’est qu’on ne veut pas se précipiter et sortir un disque « vite-fait ». On veut vraiment prendre le temps de trouver notre identité et de créer de nouvelles compositions. On préfère laisser grandir notre notoriété pour que l’album soit suffisamment médiatisé.

Pour en revenir à votre EP, de quelle façon vous choisissez de reprendre telle ou telle chanson ?

Rythmind : On va dire que ça part d’une idée toute bête. Quelqu’un propose un titre qu’on a souvent l’habitude d’écouter et les autres valident.

WaWad : On essaie tout autant de plaire aux enfants qu’aux parents. C’est pour ça qu’on touche un peu à tout. Mais on ne nous impose aucun choix de reprise.

Est-ce qu’il y a tout de même certains titres que vous n’oserez pas reprendre du fait de leur caractère « intouchable » ?

Beatness : Il y a des titres qui sont très difficiles à reprendre comme « Bohemian Rhapsody » de Queen.

Rythmind : C’est pas qu’on s’interdit de le faire mais on sait qu’il y a du boulot derrière, surtout sur cette chanson. Il faut prendre le temps. Mais on peut tout reprendre si on s’approprie le morceau et qu’on le réadapte à notre style. L’essentiel, c’est de se démarquer des artistes qui reprennent toutes ces chansons.

Et vous ne craigniez pas qu’en signant avec une major, vous soyez limités d’un point de vue artistique au risque de perdre ce qui fait votre particularité ?

Rythmind : Non parce que notre directeur artistique est jeune et très ouvert. Ils nous ont signés pour la musique qu’on faisait auparavant. Ils nous donnent des idées et on leur rend la pareille. C’est un échange.

WaWad : S’il y a un titre qu’on kiffe, on le défend et la maison de disques nous soutient. Elle n’est pas là pour nous mettre des barrières. Ça fait à peu près six ou sept mois qu’on a signé, on n’a toujours pas d’album et pourtant, et ils ne nous mettent pas du tout la pression. Ils sont conciliants et on bosse main dans la main.

Beatness : Après, si on veut rentrer en radio, c’est notre choix. On peut adapter le morceau au format qui nous convient.

WaWad : C’est pas notre objectif mais si un de nos titres passe en radio, ce serait une fierté. On est quand même des beatboxers signés sur une maison de disques. C’est assez rare en France.

Parmi les chansons que vous avez publiées sur YouTube, pourra-t-on retrouver « Listen to the Sound » sur votre futur premier album ?

MB14 : Le truc, c’est qu’il faudrait la réadapter car elle comporte pas mal de covers.

Beatness : C’est un morceau qui nous tient à cœur parce que c’est notre tout premier son.

WaWad : Quand on a créé le groupe il y a un peu moins de deux ans et qu’on s’est réunis pour le championnat de France, c’est ce titre qu’on a composé. Pour l’album, on va le réenregistrer et le rendre un peu plus frais.

Parce que c’est quand même l’un des titres les plus complexes de votre répertoire finalement.

WaWad : C’est vrai que techniquement, « Listen to the Sound » est assez complexe parce que même si la tonalité reste la même, il y a plusieurs styles de musique dans la même chanson.

MB14 : Ce qui est compliqué, c’est de la jouer en live car on ne fait qu’alterner entre le chant et le beatbox, les sonorités graves et aiguës. Ne serait-ce qu’au niveau du réglage des micros, c’est difficile. C’est une vraie performance, autant pour nous que pour l’ingé son.

Quelle forme prendront ces influences de musique classique dans votre premier album ? Est-ce que ce sera dans l’esprit de votre reprise d’« O Fortuna » ?

WaWad : On ne va pas choisir de ne faire que d’un genre ou que d’un autre. Notre ligne directrice, c’est de garder une base hip-hop tout en ajoutant plein d’influences autour comme le reggae, l’électro ou la musique classique.

 

Le 13 juillet dernier, à l’occasion d’un concert à Amiens, MB14 a fait toute une série d’imitations de chanteurs et d’acteurs. Vous avez préparé ça avant de monter sur scène ou c’est parti d’une improvisation ?

WaWad : Il faut savoir qu’MB14, c’est le couteau-suisse du groupe (rires) !

MB14 : Je suis Algérien moi !

WaWad : …Rien à voir (rires) !

MB14 : En fait, j’ai toujours aimé imiter. C’est pour ça que je fais du beatbox, pour imiter les instruments, les voix, les sonorités, les bruits, les mouvements du corps des gens. Du coup, les imitations que je faisais ont plu aux gars et ils m’ont proposé de les intégrer aux live.

WaWad : Ce qu’on essaie de faire, c’est de présenter autre chose que du beatbox. Il y a plusieurs parties dans le show qui sont davantage du « spectacle » que de la musique. Et les imitations, les bruitages en font partie.

Rythmind : Quand je vais voir un concert, je remarque que je décroche assez vite, même si la musique est bonne. C’est pour ça qu’on place des moments amusants dans nos sets. C’est pour casser l’ennui du public.

MB14 : C’est vrai que Rythmind appuie beaucoup sur le côté mise en scène. Par exemple, il y a un passage où il pose le contexte de la boîte de nuit. A un autre moment, il intervient sur un solo de Beatness. On a tendance à s’adresser énormément aux gens. Peut-être trop, je ne sais pas.

Rythmind : On aime bien sentir qu’on est proches des gens, être en symbiose avec le public et créer une interactivité avec lui. Et non pas qu’il y ait simplement un batteur qui joue au fond de la scène.

MB14 : Il y a parfois une part d’improvisation dans ce que l’on fait. La dernière fois, ils m’ont mis des imitations que je n’avais jamais faites comme Titi et Grominet.

WaWad : Certains groupes ont leur setlist prévue à l’avance alors que la nôtre change à chaque concert.

Vous savez imitez une section cuivre. Qu’en est-il des solos de guitare ?

MB14 : Je ne maîtrise pas encore totalement. J’arrive à faire la saturation inspirée, mais pas expirée (il essaie d’imiter un solo de guitare électrique).

Vous vous êtes exercés à un beatbox en vous inspirant de la culture Chinoise et plus récemment, de la Nouvelle-Calédonie. Tout ce qui est exploration des musiques du monde, c’est quelque chose qui vous intéresse ? Qui vous permet d’élargir vos influences ?

MB14 : A la base, on voulait simplement emporter un souvenir visuel de notre voyage. Par exemple, à Shanghai, on a tourné la vidéo à côté d’une pagode. On s’est inspirés d’une musique locale mais on n’avait pas forcément pour projet de faire ça.

Rythmind : On a fait ça pour laisser une petite trace de nous là-bas et pour rendre aux gens avec qui on a passé de bons moments un signe de reconnaissance.

Beatness : Je pense qu’à chaque fois qu’on fera un voyage autour du monde, on essaiera de se lancer ce challenge. De tourner une vidéo avec les sonorités du pays.

WaWad : C’est enrichissant pour notre beatbox d’apprendre des rythmes traditionnels des pays qu’on a visités. Ça change de ce qu’on a l’habitude d’écouter.

Beatness : C’est le cas depuis le début du groupe. On s’inspire beaucoup des musiques du monde, notamment MB14 qui reproduit souvent des sonorités Asiatiques.

Ce qui pourrait éventuellement influencer vos prochaines compositions, non ?

MB14 : Bien sûr. En plus, ça représente en grande partie ce qu’est le djing. Les sons sont récupérés d’une musique que personne ne connaît, qu’ensuite on sample puis que l’on intègre dans un titre un peu plus moderne. Par exemple, sur la vidéo filmée en Nouvelle-Calédonie, on part sur un truc style kanak et on met un beat un peu trap/dubstep avec des trompettes par-dessus.

A l’occasion d’un concert privé, vous vous êtes rendus à Shanghai. Y-avait-il une différence majeure par rapport au type de public ?

WaWad : C’étaient des hommes en costards en train de manger. Ils étaient soixante-dix ou quatre-vingts. On a joué quatre ou cinq chansons. L’accueil était sympa et les gens attentifs mais c’était loin d’être un vrai concert. Mais on aime bien cette ambiance parce que ça nous change du cadre des festivals où le public vient pour nous voir et s’amuser. Alors que là, il faut vraiment captiver l’attention des personnes.

MB14 : Surtout que les gens ne s’attendaient pas à ce qu’on soit là donc c’est un défi d’arriver à les surprendre.

WaWad : On est restés que deux jours, c’était la galère !

Dans la section commentaires d’une de vos vidéos, un internaute vous aurait bien vu en featuring avec LEJ. Vous en pensez quoi ?

WaWad : Ce sont des amies à nous. On a déjà fait leur première partie à Toulouse au tout début du groupe. Les LEJ font un super travail sur les voix. Après, l’inconvénient, c’est qu’elles sont souvent très occupées. 

Je vous ai connu suite à la prestation de MB14 dans The Voice, mais a priori, d’autres gens ont découvert votre musique par le biais de la vidéo de Seb La Frite.

WaWad : En fait, tout a commencé pendant The Voice ! On a créé le groupe juste après son audition à l’aveugle. Tout-à-l’heure, tu nous parlais de l’avant et de l’après championnat. Ce qui nous a vraiment fait évoluer, c’est tous les abonnés qu’on a gagnés et les gens qui nous ont connus suite à la vidéo de Seb La Frite.

Rythmind : Notre nombre d’abonnés a quasiment doublé. Aujourd’hui, on est à 290 000.

Comme s’amuse à le dire Seb La Frite dans la vidéo que vous mentionnez, est-il vrai que vous bavez beaucoup en faisant du beatbox ?

WaWad : Les gens pensent que quand on fait ça, c’est la douche. Alors que non !

MB14 : Après, ça dépend du style de beatbox. Plus t’expires, plus t’as de chance de postillonner.

WaWad : Quand tu utilises tes lèvres, tu baves beaucoup. A l’inverse, quand c’est du beatbox plus intérieur et plus sec, moins.

Dernière question avant de vous laisser. Comment vous expliquez – si ça s’explique, cet engouement nouveau pour votre musique ? Car elle n’est pas la plus accessible qui soit et le public Français a l’habitude d’entendre du rap diffusé en radio et de la musique urbaine plus classique que du beatbox.

WaWad : C’est un honneur pour nous de voir qu’il y a autant de gens qui nous soutiennent et regardent nos vidéos. Comme tu dis, le beatbox, c’est un truc de geek à la base. Il n’y a que les beatboxers qui s’intéressent aux autres beatboxers. Surtout que notre public n’est pas composé que de jeunes. Il y a des dates sur Paris où nos fans ont plus de cinquante ans. 

Parce qu’on parle du beatbox, mais vous êtes aussi des chanteurs.

WaWad : Justement, c’est ce qui fait la différence avec les autres groupes de beatboxers. On utilise nos organes vocaux pour trouver un bon compromis entre le chant a cappella et le beatbox. C’est ce qui nous permet de faire autant de dates et d’avoir un public fidèle.

Ce qui a également l’avantage de ne pas avoir à ramener des tonnes d’instruments sur scène puisque vous avez tout dans la bouche !

WaWad : Exactement (rires) !

L’interview est terminée. Merci beaucoup à vous quatre. Bon concert !

WaWad : Merci beaucoup à toi ! Gros big up à tous les Palois. C’est un peu notre famille car on habite près de Toulouse. On a reçu beaucoup de messages de gens de Pau et c’est notre premier concert ici.

Beatness : La salle est cool, je pense qu’il y aura du monde. En plus, ça a l’air très intimiste comme ambiance.

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