James Carter + Marcus Miller – Jazz In Marciac – 28/07/2026

Ce soir au Chapiteau, c’est la soirée tribute to, une soirée hommage à deux grands, grands du jazz, deux monstres sacrés, deux chercheurs acharnés qui se sont côtoyés, qui ont joué et évolué ensemble.

James Carter

James Carter se penche avec délectation sur John Coltrane avec un quintet dans la plus pure tradition du hard bop : deux soufflants, piano, basse et batterie.
Et il faut dire qu’il relève avec brio un challenge pas si évident que cela, marcher sans le copier dans les pas du génie créateur de Giants Steps et Love Suprême. Et s’il y avait quelqu’un capable de faire cela, c’est bien lui : il partage avec Coltrane une virtuosité étourdissante, s’illustre par une dextérité qui laisse pantois, quel que soit l’instrument (un son brut au saxophone ou funky au ténor, parfois free au soprano) dans une belle frénésie de jeu.  Avec une désinvolture savante, sans l’ombre d’un pastiche, cet athlète des anches et des notes au kilo impressionne grandement entre douce ballades (Naïma) et tempos frôlant l’hystérie. Ça envoie du bois !! Des couleurs sentimentales côtoient le grand chic, le potache parfois, les claquements de langue, l’expérimental, le show à gogo, les duos appuyés, de vrais sourires et un bonheur visible d’être avec le public et de jouer sur scène.

Nos oreilles sont dans le réconfort, dans le connu, avec du groove scintillant et profond et de la pulse chaleureuse. Les solos s’enchaînent toniques, à la recherche des limites instrumentales. Nous sommes dans des codes jazzistiques très classiques, des formes sans étonnements mais avec une belle liberté quand même. Un étrange solo de contrebasse proche du baroque (Hilliard Greene), un piano délicat et swinguant (Gérard Gibbs) un batteur solide, inspiré, adaptable et souple (Alex White) et un tromboniste étonnant (Steve Turre) qui finira le set aux coquillages soufflés et rajouteront une couleur personnelle à un hommage qui aurait pu être formel.

 

Marcus Miller

Plus tard dans la soirée voici Marcus Miller et We want Miles pour le centenaire de la naissance de Miles Davis.
Il est bien placé pour cet hommage là puisqu’ il a contribué tout jeune à la construction de cet album.
Il réunit ce soir donc un groupe explosif composé des membres originaux du groupe qui a accompagné le retour de Miles Davis dans les années 1980, après des années sèches et compliquées avec, entre autres, Mike Stern à la guitare, Bill Evans au saxophone et Mino Cinelu aux percussions.
Ce projet présente une sélection de morceaux tirés de l’enregistrement live emblématique réalisé au Japon en 1981, ainsi que des compositions classiques issues du célèbre catalogue de Miles, couvrant les années 1950 et 1960, jusqu’à sa dernière période avec Tutu en 1986 et Amandla en 1989, composés et produits par Marcus Miller qui sait donc de quoi il parle et pourquoi il joue.
Cet album a marqué l’histoire du jazz en lançant le jazz fusion et ses multiples prolongements. Il a été un choc novateur. Et ce choc nous le prenons avec eux en pleine poitrine.
Car les quatre forbans n’ont rien, mais alors rien perdu de leur énergie rock, de leur groove-funk, de leur qualité de performers, de leur engagement et aussi, cerise sur la trompette de leur complicité historique : élans percussifs de Mino Cinelu, envolées guitaristiques de Mike Stern, lyrisme du saxophoniste Bill Evans, simplicité et percussions de la basse de Marcus qui peut se déployer en parasol rythmique : tout est là, approfondi, facile, évident. C’est bourré d’énergie, de trouvailles et de défis.
Et pour nous une jubilation permanente d’écouter des musiciens novateurs, libres et enthousiastes.
Dans le rôle bien lourd de la trompette de Miles Davis, c’est Russell Gunn qui s’y colle et avec quel brio ! Trompette claire, vibrante, improvisations affolantes, et douceur minimaliste par instant, il fait plus qu’honneur à son prédécesseur. Il est un Miles autre, puissant, un héritier de charme.
Pour compléter le band Brett Williams aux claviers et Anwar Marshall à la batterie, compagnons de scène habituels et brillants de Marcus.
Impossible de décrire le nombre de solos, duos, les changements de pieds, les envols sonores ou la clarinette basse de Marcus.
Le concert se terminera par Jean Pierre, repris par la salle, où chaque artiste à son tour, comme une leçon d’impro, sur un motif simplissime brodera une étoffe complexe.  

Marcus Miller et ses compagnons de route nous prouvent ce soir que le patrimoine légué par leur illustre aîné n’est pas figé dans l’histoire. Il vit dans le futur et se développe à condition que de furieux improvisateurs s’en emparent et l’actualisent.
C’est ce qu’ils font en donnant aujourd’hui un nouveau relief au groove d’autrefois.

Chronique : Annie Robert

Photos : Laurent Sabathé

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