Youn Sun Nah + Asaf Avidan – Jazz in Marciac – 27/07/2026

Ce soir au chapiteau de Jazz In Marciac, c’est le déploiement des voix, des grandes voix, inclassables et hors normes.

Youn Sun Nah

Sson exceptionnelle tessiture, ses capacités vocales acrobatiques, sa technique implacable entre le jazz et le lyrique, son sens de l’émotion et sa douce humilité.
C’est un bonheur chaque fois renouvelé que de l’écouter.
Elle est aujourd’hui entourée des trois beaux et grands musiciens : Raphaël Chassin à la batterie, Brad Christopher Jones à la basse et un vibrionnant Mathis Pascaud à la guitare.
Le set met un petit peu de temps à démarrer avec trois chansons sages, attendues mais ensuite la couleur rock prend le dessus et c’est un choix plus que judicieux. C’est nouveau mais elle s’y découvre à parfaitement à l’aise entre aigus puissants, rythmiques colériques, suraigus tranchants comme des couteaux d’apparat, souffles enveloppants. Tout cela est puissant, maîtrisé et porteur d’émotion.
Seule la petite chanson en solo avec un mini limonaire m’a semblé trop remplie de larmes, appuyée, à la limite du démonstratif. Mais l’ensemble est parfait comme d’habitude, joyeux ou grave et vocalement éblouissant.
Le set se conclura par deux rappels, le premier avec une chanson traditionnelle coréenne, portée par une guitare moderne et décalée et la deuxième par une cubanita joyeuse et enlevée qui enflammera le chapiteau.
Comme à chaque fois le rendez-vous avec Youn Sun Nah est un petit délice gourmand que l’on savoure sans retenue. Et auquel on succombera avec joie une autre fois. 

Asaf Avidan


Une grande claque novatrice, la quintessence de l’émotion à l’état brut. Et de l’étrangeté partout…

Je ne connaissais de lui que son nom et le vague souvenir du tube One Day du DJ allemand Wankelmut inspiré de sa chanson The Reckoning Song.
Sur la scène déboule un personnage singulier. Corps affûté, visage à la David Bowie, costume sombre et cravate, il propulse sa dégaine de dandy des années 50 et sa voix unique.
Tout fait choc chez lui. Tout interpelle.
La voix d’abord : très particulière, presque androgyne, avec des accents enfantins qui peut monter haut comme celle d’une soprano, se faire rauque comme celle d’un bluesman, une voix bourrée d’un vécu caillouteux, qui vous chope et qui ne vous lâche plus !
La mise en espace ensuite : très travaillée, elle nous plonge dans un univers entre polar des années 50 et cabaret clandestin. Tapis, fauteuil profond, bouteille de whisky, patères à fringues, lampe à abat-jour. Tout est fait pour accentuer le paysage cinématographique avec un travail sur des lumières rasantes, noires ou rouges et un grand drapé en fond de scène.
Le projet musical enfin : car après avoir fait vibrer la pop et le folk, être resté en panne d’inspiration pendant presque cinq ans, Asaf Avidan s’est reconnecté avec ses premières amours, le cinéma et vient de délivrer Unfurl, qui signifie se déployer, un disque étourdissant sous l’influence des grands maîtres des bandes originales de film comme Bernard Herrmann ou John Barry.
C’est ce projet qu’il nous présente ce soir en posant des mots que l’on devine tranchants (mais en anglais, dommage pour moi) sur ses angoisses les plus profondes, comme pour les épouser avec poésie. Il virevolte, s’écrase, change d’instruments, s’épuise, ralentit, croise sa voix avec celles de ses musiciens.
Un vrai monde s’ouvre à nous : son monde, celui de ses propres introspections épluchées jusqu’au trognon. Une espèce de thérapie par la rencontre.
On pourrait se dire qu’on s’en fiche d’être sa thérapie, qu’on s’en fiche d’écouter ses angoisses, ses douleurs, ses peurs. Ce qu’on veut c’est de la musique… mais de la musique on en a et dans un éclectisme fou :   fulgurances rap et guitares folk, libre circulation des sons, clavier connecté, batterie souple ou forte, imprécations et hymnes, changements de pied et d’atmosphère. Chaque musicien est excellent, attentif, polymorphe. Il forme un groupe qui ressemble à un mouton à cinq pattes galopant de façon cohérente, centré autour de ce projet teinté de mille nuances et mille entrées…
Et puis, surtout, ses douleurs nous parlent, nous bouleversent. Elles traversent le corps physique, le corps social, le corps aimant, le corps souvenant, le corps désespéré dont nous sommes l’entier.
On partage l’être humain sous l’artiste, l’artiste sous l’être humain.
Asaf Avidan déconstruit les genres et les références pour explorer ses tourments.
Je ne pense que ce dont nous avons tous peur est une existence qui ne soit pas pleinement vécue.
La sienne est dense par la musique et la rencontre et on a la chance qu’il nous la fasse partager.
Aussi inattendu que cela puisse paraître au premier regard, il nous ressemble.

Sur scène :
Asaf Avidan (piano, guitare, voix)
Raz Stern (piano)
Maayan Linik (claviers, voix)
Julia Richard (basse, voix)
Ofer Levy (batterie)

Le site officiel : Cliquer ici
Photos : © Laurent Sabathé
Chronique : © Annie Robert
Lieu : Festival Jazz in Marciac (France) | du 20 juillet au 5 août 2026

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