[Le Son du moment] Witch Post / Witching Hour

Witch Post dévoilait le 20 mars dernier son nouvel EP Butterfly, premier projet à paraître chez Partisan Records. Avec ce disque, le duo invite les auditeurs à s’enfoncer plus profondément dans un univers façonné par la dualité et la transformation, où la Bête côtoie le Papillon, et où le crépuscule cède peu à peu la place à l’aube. Butterfly prolonge ainsi le sort jeté avec leur EP révélateur Beast, qui a propulsé leur réputation. Portés par un grunge-rock à la fois ample et intimiste, Alaska Reid et Dylan Fraser réussissent à faire coexister des hymnes taillés pour les grandes scènes avec la proximité d’un murmure à l’oreille.

Affirmant leur écriture narrative, à la fois folklorique et surréaliste, ils puisent dans une forme de sagesse archaïque, à la fois oubliée et étrangement contemporaine. Inspiré par leur nom, emprunté à des sculptures rurales anglaises du XVIIe siècle censées éloigner les sorcières, Witch Post façonne une musique hors du temps et de l’espace, suspendue entre différents mondes où le voile semble mince. Leurs morceaux se nourrissent de cette énergie nomade : du manège de ‘Tilt-A-Whirl’ aux petites villes fantasmées de ‘Country Sour’, jusqu’à la rêverie préraphaélite de ‘Changeling’. Folklore et imaginaire s’y entremêlent pour créer un espace à la fois familier et étrange, où le temps se dilate et les instants s’attardent. L’ensemble compose une expérience immersive et envoûtante, offrant un sentiment d’appartenance aussi troublant que magnétique à celles et ceux qui s’y laissent happer.

À propos de Butterfly, le groupe explique : « C’est le dégel printanier après Beast. Manèges de foire, anges et lutins, talismans, escapades impulsives dans de petites villes, coyotes, faons… Nous voulions contraster avec le rock hivernal de Beast et emmener les auditeurs dans un road trip sonore, fait de perspectives multiples et de lieux intermédiaires. »

En parallèle de la sortie de l’EP, Witch Post dévoile le titre phare Witching Hour. Le morceau s’installe dans la suspension fragile d’un après-midi d’hiver, lorsque le monde semble figé et que chaque pensée prend du poids. Dans un parking, à observer les déchets flotter entre les pneus tandis qu’une voix intérieure grise fredonne, la chanson se déploie lentement, avec une sobriété presque austère. 

Witch Post est une rencontre d’esprits, presque gémellaire, née entièrement par hasard — ou par destin, selon le point de vue. Autre coïncidence : Alaska et Dylan ont découvert qu’ils venaient de villes portant le même nom, l’une en Écosse, l’autre dans le Montana. La musique d’Alaska puise dans l’atmosphère sombre de la scène indie américaine, tandis que Dylan y apporte l’énergie brute et sauvage du rock écossais.

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