[Chronique] Douglas Date – Milkteeth

L’artiste anglais Douglas Dare a été étiqueté “Pop Chamber”, de la pop de chambre, en référence à la musique qui se jouait à d’autres siècles. Le terme pourrait paraître ironique, sous-entendant qu’elle serait trop délicate, trop sophistiquée et pas forcement faire pour en sortir (de la chambre). Peut-être. Mais là, pas de retenue pincée, l’homme se livre totalement sur son troisième album, Milkyteeth chez Erased Tapes.

Un nom qui signifie “dents de lait”, annonce un retour dans les souvenirs d’enfance qui ne se ferait pas sans douleur. “I am free” chante-t-il dès le premier titre, le besoin d’affirmer sa liberté signifie bien souvent qu’elle n’a pas toujours été là. Elle y est dans Silly Games, magnifique folk doux amer, où les bons moments correspondent à l’absence parentale, y compris un père professeur de piano qui regarde ailleurs. Douglas Dare nous fait pénétrer dans son intimité, nous invite dans sa cartharsis. Dans les albums précédents, l’orchestration, qu’elle soit acoustique ou  électronique, pouvait étouffer sa voix, ici elle est poussée vers l’avant, toujours avec quelques accents soul qui vont bien. Il semble passer un cap, celui de passer outre les mauvais souvenirs pour se focaliser sur les bons, même brefs, même pris à la volée. C’est bien ce qui ressort de The Joy in Sarah’s Eyes, moment nostalgique, qui continue de le suivre, devenu intemporel. Les notes de piano tombent limpides, les quelques arrangements électroniques restent discrets et d’autant bien placés. Est-il possible de se mettre à nu tout en conservant sa pudeur ? C’est ce qu’il parvient à faire dans Wherever You are, accompagné de son auto-harpe raisonnante. Paradoxalement, la ritournelle The Playground, qui évoque une lointaine cours de jeu, est le morceau qui évoquerait le plus une musique de chambre, avant qu’une bourrasque synthétique ne fasse décoller tout ça.

“I want to be a Child again” chante celui qui ne semble pas vouloir devenir adulte au sens où on l’entend généralement, avec son lot de responsabilité et de voies déjà tracées. C’est ce qu’on peut comprendre de cette énigmatique pochette, où Douglas Dare pose en césar solitaire sur son trône, avec son jouet favori, son auto-harpe fétiche.

 

 

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