
Chris Minh Doky + Richard Bona (la beauté des bassistes) – Jazz in Marciac – 01/08/2026
Chris Minh Doky
Bien qu’étant un bassiste reconnu pour un son unique et un groove bien trempé, le danois Chris Minh Doky se fait rare en France.
Ce soir là, à Marciax, il était accompagné d’un élégant et percutant claviériste, George Whitty, d’un exceptionnel batteur que nous connaissons bien, Manu Katché et d’un trompettiste de talent Till Brönner.
Malgré une disposition scénique trop aérée à mon goût (trop loin les uns des autres et loin du public) ils partagent une énergie et une complicité instrumentale bien palpable.
L’ensemble est centré sur la pulse que ce soit pour des tonitruants morceaux funk ou des balades plus folk. Quelques accents de country se faufilent mêlés de loopers électroniques, quelques bribes de pop aussi. Et tout cela se marie bien et forme un terreau cohérent, un paysage éclairé.
On passe un moment joyeux, solide, profond lorsque la trompette prend le lead. Que ce soit sur une reprise de Jaco Pastorius ou une composition plus nostalgique, la contrebasse évidée fait preuve d’originalité, de virtuosité technique et d’un certain lyrisme.
Il fait bon le retrouver.
Richard Bona
Après le changement de plateau, Richard Bona et sa basse de grande classe !!
Il a une aura méritée de grand, très grand, frotté à tout ce que le jazz a ou a eu de meilleur : Herbie Hancock, Harry Belafonte, Chick Corea, Buena Vista Social Club, Sting, Mike Stern, Pat Metheny, Stevie Wonder, Bobby McFerrin, Chucho Valdés, George Benson, Oumou Sangaré.
Excusez du peu ! Richard Bona se revendique africain mais pas seulement car il est un musicien voyageur et heureux de l’être. Europe, Amérique, Inde, Cuba , il est un véritable filtre à influences, un melting-pot à lui tout seul. Et il engage son audience à le suivre, à partager ses notes mises en culture dans le vivier assumé de son continent natal.
Prêts à faire la fête ?
Un peu qu’on est prêts, les jambes fourmillent déjà d’impatience!
Les moments s’enchaînent, précis, cadrés, tracés en mesures au carré mais aussi libres de joie, soutenus et animés par les rugissements implacables de la basse. Parfois le chant se fait feutré, parfois la voix de Richard Bona tire en résonance vers l’aigu. Les morceaux s’étalent, rythmiquement engagés, à perdre le souffle, ou plus porteurs de récits ou de petits riens vivants. La liesse s’installe sous le chapiteau. Il faisait déjà chaud, et ça devient pire…
Les mélodies se dégustent sucre et miel sur des accords ou des nappes de clavier électrique ou ravagées par les frappés de mains ou pieds, du funk pleins les valises. Très vite pour ne pas dire immédiatement (le gars est sympa et n’hésite pas à dialoguer, facétieux comme tout !) le public, debout et frappant des mains, est conquis par cette joie communicative, ce band brillant et taquin, soudé dans une apparente facilité. Tout prend un air d’évidence en effet. Tout semble aller de soi. La virtuosité est dissimulée par une grande aisance. Pas besoin de forcer les effets, la musique parle d’elle même, elle vagabonde et fusionne les influences. Ici, un rythme de jazz, là un élan de bossa, un éclat d’afro-beat, un détour par la pop, le funk, une réminiscence de chants traditionnels… On se laisse envahir par la sonorité. Elle en impose justement, celle du groupe comme celle de la basse, en particulier lorsque elle déclare ses hommages à une légende de cet instrument, Jaco Pastorius.
La batterie de Nicolas Vicaro le Monégasque de caisses et pas de banques (sic) est d’une solidité à toutes épreuves. Les chorus de trompette d’Alex Hérichon montent à l’extrême. Des solos trompette / basse puis basse / guitare (celle de Ciro Manna) nous laisseront pantois entre clins d’œil et citations rigolotes. Il s’y incruste des contre-chant ou des accords piano de Michaël Lecoq, d’une coloration très bluesy et bien à propos.
C’est vibrant de soleil et d’étoiles, de chemins et de danses. La salle est invitée à se lever pour danser, oubliant sans difficultés ses habitudes sages ou ses angoisses, pour un moment au cours duquel chaque participant retrouve son âme adolescente, crie, fredonne, encourage les musiciens sur scène. Les spectateurs envahissent les travées, en dansant. Et ce diable de Richard Bona en rajoute, ravi.
Car il s’y entend oui, Richard Bona, au travers des notes, des mélodies, des mots, des situations à conter ses histoires, à revigorer nos idées, à faire chanter nos neurones, avec sa basse unique et sa perception ouverte de la musique.
Cette chaude soirée n’est donc pas chaude pour rien !! Elle est polyglotte, ouverte, tolérante et heureuse. Comme la musique de Richard Bona !!
Chronique : Annie Robert
Photos : Laurent Sabathé









