[Playlist] Histoire d’un confinement

Le dimanche 15 mars, le Président Emmanuel Macron a décrété le confinement de la population pour couper la propagation du virus COVID19.

Bilan en musique alors qu’aux 15 jours initiaux viennent de s’en rajouter 15 autres.

 

1 – Killing Joke – I am the Virus

Le virus, nous l’avions vu arriver de loin depuis que le pangolin était passé à la rôtissoire. Dans ces cas là, il y a ceux qui se préparent et ceux qui pensent que ça n’arrivera jamais jusqu’ici. Et puis, tout d’un coup PANIQUE ! PÂTES ! PQ ! PANIQUE ! PÂTES ! PQ ! Supermarchés et pharmacies sont pillées en France. Aux Etats Unis, des hommes font la queue devant le marchant d’armes à feu ! PANIQUE ! PÂTES ! PQ ! 

Depuis les années 80, Killing Joke manie l’ironie et la dérision sous des airs prophétiques de fin du monde. Mais finalement, son leader Jaz Coleman, pris à son propre jeu, avait fini par se réfugier en Islande. Il pensait l’apocalypse proche et que la terre glacée serait épargnée. Le clip de I am the Virus, datant de 2015, pourrait être un condensé des programmes anxiogènes de BFM TV depuis un mois. 

 

2 – Cults – Go Outside

Privez un être humain de quelque chose dont il ne se servait pas spécialement et il en ressentira immédiatement une immense envie. Tous ceux qui avaient la flemme de faire leur jogging et préféraient rester devant la télé ont entendu l’appel des tennis dans le placard. “Ahlala ! Il y a autour de chez moi des petits chemins que personne ne connaît !” s’extasient les gens, attestation de sortie moite dans la poche du legging. Dernière case concernant la pratique sportive individuelle cochée évidement !

Bref, privé de grand air, tout le monde veut subitement aller dehors. Cults avait clippé ce besoin de retour à l’essentiel avec des images du révérend Jim Jones et des membres de sa secte. Du bonheur initial au massacre de Johnstown, chacun interprète comme il le souhaite. En tout cas, le titre Go Outside est une dream pop tout ce qu’il y a de plus délicieuse.

 

3 – Canned Heat – Going Up to the Country

Stupeur en province. A l’annonce du président, les citadins ont sauté dans leur voiture, clef de leur résidence secondaire en poche. 17% des Parisiens ont plié bagages, un peu comme au mois d’août. L’île de Ré compte aujourd’hui 30% d’habitants en plus. “Ces c——ds de parigots sont venus nous refiler le virus” peut-on lire sur Facebook, et il y a des variantes. Sauf que là, pas question de faire des châteaux de sable sur la plage. Des journaux de confinement d’écrivains descendus se mettre au vert sur la côte basque énervent, la romantisation du confinement est un privilège de classe peut on lire en réaction.

A la fin des années 60, les jeunes citadins quittaient aussi les grandes agglomérations pour une vie plus pure. Fonder une communauté, regarder pousser les légumes en fumant des trucs bizarres, c’est un peu ce que raconte Canned Heat dans Going Up to the Country. Bon, OK, le contexte n’est pas le même.

 

4 – Fever Ray – Keep the Streets empty for me

… for me … for us, plutôt. Restez chez vous ! Le message a mis du temps à passer. Entre la population qui ne réalise pas forcement la gravité de l’instant et le personnel de santé qui lance un cri d’alarme. Entre ceux qui font leur sortie quotidienne pour aller chercher le pain et la caissière qui est en première ligne des personnes exposées, la France semble se fracturer en deux. Et les chiens n’ont jamais autant été promenés. Dernière case concernant la sortie des animaux cochée, évidement !

Tout comme nos infirmières, Fever Ray demande à ce que les rues se vident de leurs passants, dans un clip en noir et blanc classieux. Un morceau trip-hop grave et plutôt beau.

 

5 – The Specials – Ghost Town

Les Specials rentrent de virée au petit matin. A cette heure où les derniers fêtards se couchent et les premiers travailleurs se lèvent, la ville est déserte, Ghost Town.

Les gens ont fini par comprendre qu’il fallait rester chez soit, les touristes sont rentrés chez eux. Alors les artères des capitales sont vides, pas une voiture, pas un bus. Et la nature reprend ses droits, au 4ème jour, du lierre commence à pousser sur l’arc de Triomphe, un diplodocus a été aperçu remontant les Champs Elysées. Les gens qui habitent près d’Orly entendent les oiseaux pour la première fois depuis longtemps. Il en est de même à l’étranger, Venise qui étouffait sous le tourisme de masse respire à nouveau, des saumons remontent les canaux.

 

6 – Magon – Same House

Dans la vie d’avant, Monsieur avait souvent réunion le lundi soir, Champions League les mardi et mercredi, Madame pilate le mardi, zumba le vendredi. Le fils aîné était étudiant, rentrait le weekend, sortait le soir et dormait le matin. Le second avait entraînement de foot le mardi et jeudi, match le samedi. Et du jour au lendemain, plus rien. Tout le monde à la maison, ce qui n’est pas sans tension.

Qui êtes-vous jeune homme ?

Mais je suis ton fils, papa !

Ah oui, c’est vrai !

Les problèmes de cohabitation, c’est un peu ce que raconte Same House, le dernier single du talentueux Magon, issu de son album Out in the Dark.

 

7 – Peter Kernel – Organizing Optimizing Time

Alors que la vie d’avant se résumait à Métro (ou voiture) / Boulot / Dodo, soudain le quotidien des gens devient d’une richesse inouïe : footing dans le respect des règles, séances d’abdos grâce à cette super appli, cours de guitare avec Thomas Dutronc en direct sur Facebook, faire cours aux enfants avec l’interface de l’éducation nationale, relire Homère, apprendre le japonais, écouter un concert de Laurent Voulzy dans sa cuisine présenté par Rebecca Manzoni de France Inter. Ah oui, et télétravailler aussi.

C’est la vie rêvée des gens sur les réseaux sociaux. En vrai, ceux qui ne sont pas sur leur lieux de travail passent la journée entre le fauteuil et le canapé, c’est pas la peine de se mentir. Organiser, optimiser son temps, c’est pas si simple et les bonnes résolutions ne tiennent pas longtemps. En tout cas, ces chers Peter Kernel avaient choisi de prendre leur temps.

 

8 – Joy Division – Isolation

Malgré les moyens de communications de monde moderne, le confinement est souvent synonyme d’isolation. Pour des personnes âgées à mobilité réduite, des femmes victimes de violences conjugales, des familles nombreuses dans des appartements minuscules, la situation est dramatique.

Avant de se plaindre, toujours penser qu’il y a pire ailleurs. On pourrait aussi être confiner avec Ian Curtis de Joy Division et ses idées noires.

 

9 – Idles – Well Done

Merci ! Bien joué ! Les messages aux personnels soignant. On vous applaudit à 20h. Les caissières, livreurs, éboueurs, on vous remercie sincèrement. Vous êtes les héros du quotidiens. Durant cette crise, les petits salaires sont en première ligne. Sans eux, la vie est impossible. Les agriculteurs ne savent pas s’ils vendront leur production, les PME ne savent pas s’ils survivront. Mais merci !

Un député propose la légion d’honneur post-mortem aux soignants décédés, merci ! Ils préféreraient des augmentations de salaires et les moyens de travailler correctement. Mais bravo, on est fier de vous.

Dans le morceau Well Done de Idles, les encouragements sont ironiques “Pourquoi tu n’as pas eu ton diplome ? Bien joué ! Pourquoi n’a pas des médailles ? Bien joué !” Espérons que tous ces mercis et bravos seront sincères, et qu’ils ne seront pas classés sans suite. Halte au mépris !

 

10 – The Kinks – There’s a new World just opening for me

Certains voient dans la crise sanitaire un point de non retour atteint par notre société de consommation. La suite nécessitera un changement radical dont on entrevoit les nouvelles solidarités. Une société basée sur des valeurs humaines et non marchandes. Une production relocalisée, des weekends à Aste-Béon plutôt qu’à New York.

Après des journées de télétravail, des consultants en stratégie de communication doutent de l’utilité de leur travail et se verraient bien faire du fromage de chèvres à Arrens Marsous. Tel The Kinks en pleine contemplation d’un nouveau monde qui s’ouvre face à eux.

 

Restez à la maison et prenez soin de vous.

L’affiche illustrative est de Mathieu Persan.

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