[La Reprise du Jeudi] Paint It Black

Nous sommes en 1966, les Rolling Stones n’ont pas encore officiellement sympathisé avec le diable et pourtant, en support de l’album Aftermath, ils sortent un single possédé, qu’il n’est pas exagéré de considérer comme le plus grand titre rock de tous les temps : Paint it Black. Qui selon les tirages s’appelle aussi Paint it, Black. Une virgule qui change radicalement le sens du titre. Keith Richards fait claquer sa guitare comme un fouet, Mick Jagger monte sur ses grands chevaux, comme souvent ces deux là se mettent en avant alors qu’il semblerait que se soit Bill Wyman qui ait le plus œuvré en studio à la réussite du titre. A cette époque, Brian Jones ne se sépare plus de son sitar, mais l’atmosphère n’est pas au peace & love, c’est un parfum de magie noire qui en émane ainsi qu’un fort magnétisme. Il n’est pas surprenant alors que nombre d’artistes et de groupes l’aient repris dans les décennies suivantes.

 

Fin des années 60, Eric Burdon quitte Newcastle et les costumes marrons et voit le soleil pour la première fois sous le ciel de Californie. L’ancien Animals à la voix de soulman vieillie en fûts de chêne monte un nouveau groupe, War, inspiré de Santana. Sa version tourne en un long jam de congas et de flûte, le groove et l’inspiration exaltée sont là. Peut être trop d’ailleurs pour un morceau sensé décrire une spirale dépressive, l’Anglais expatrié semble au summum de son amour pour la vie.

 

Tout repeindre en noir, c’est évidement une idée qui allait inspirer toute la cohorte des punks et des métallurgistes. La version de The Generators est carrée mais trop rigide. Celle de Marduk est une procession funéraire, déshumanisée mais privée de toute la fougue du titre. On gardera du coup l’agressivité hardcore de The Unseen.

 

Et si, pour une fois, nous nous tournions vers une adaptation et non une nouvelle version. L’adaptation, cette pratique française de l’époque des yéyés aujourd’hui fermement condamnée par les amateurs de musique, car elle déprécierait grandement l’original, que les paroles seraient niaises, alors qu’on a pas forcément comprises celles en anglais. Pas faux, pas toujours vrai. Bref, voici un bel exemple pour nuancer avec l’adaptation de Paint it Black, qui devient Marie Douceur, Marie Colère avec Marie Laforêt. Elle apporte à l’original sa délicatesse en même temps que fermeté, la profondeur de sa voix tout en gardant la fougue et l’aspect incantatoire du morceau. A la fin, plus personne n’a envie de la prendre pour une nunuche quand ses yeux pourtant bleu glace ont envoyé des flammes de partout. Des yeux qu’elle a définitivement fermés ce 2 novembre, elle s’est éteinte à l’âge de 80 ans. Évoquer cette adaptation est aussi lui rendre hommage. Pendant ce temps, Keith Richards va bien.

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