Hellfest : de ses origines à aujourd’hui

Le Hellfest, plus grand festival de métal en France et un des plus grands au niveau européen, nous reviendra cette année pour sa treizième édition. Tour d’horizon sur l’histoire méconnue de ce festival mondialement connu.


Photo : © Ian Arné

Le Hellfest : pour beaucoup ce seul nom est synonyme de rencontre annuelle sur fond de métal et de bière. Ce festival, qui se déroule sur les terres de Clisson en Loire-Atlantique chaque mois de Juin, a su grandir et se développer pour atteindre la renommée qu’on lui connaît à l’heure actuelle, chaque édition se jouant maintenant à guichets fermés depuis 2014. Mais saviez-vous qu’à l’origine, ce festival attirant chaque année près de 150 000 personnes portait un nom différent, et a débuté dans une salle de complexe sportif ? Avant de parler de cette douzième édition, petit retour sur les origines du Hellfest

Les Prémices: le Furyfest

Furyfest

Le Hardcore Furyfest, tel était le nom du premier festival qui a eu lieu en juin 2002, suite à la volonté de l’association “CLS CREW” fondée par Benjamin Barbaud (à seulement 19ans) d’organiser des concerts de hardcore et de punk dans la région de Nantes. Pour l’occasion, 400 amateurs de musique extrême s’étaient rassemblés devant les américains d’Agnostic Front. L’année suivante, le festival se déroule sur deux jours à la Halle de la Trocardière, dans la ville de Rezé. 7000 personnes seront de la partie pour venir assister aux concerts de groupes tels que Gojira, Sick of it all et Youth of Today. Suite à cette édition, Benjamin Barbaud créé l’association “MAN.IN.FEST” et en devient un salarié afin de gérer l’organisation du festival. Il décide également de prendre avec lui un stagiaire en la personne de Yoann Le Nevé, un ami rencontré lors d’un stage de fin de formation, et qui s’avèrera jouer un rôle majeur pour la suite des évènements. Pour l’édition 2004, 21 000 spectateurs répondront présent à l’appel pour voir Slipknot, Soulfy, Meshuggah ou même les irlandais de Dropkick Murphys malgré le déport du festival au Parc des Expositions, dans la ville du Mans. Malgré les dizaines de milliers de personnes présentes, les organisateurs de l’évènement déplorent un déficit après cette édition de 2004, et prennent donc la décision de léguer les droits du festival à des promoteurs afin de se concentrer sur l’organisation, plus particulièrement à un homme que nous nommerons Mr. Cash.

Cette histoire du Furyfest 2005, que vous pouvez retrouver au complet dans le livre Hellfest de l’auteur Lelo Jimmy Batista paru aux éditions Hachette, s’annonçait très bien parti avec l’arrivée de ce Mr. Cash qui avait décidé de prendre tout l’aspect financier et logistique du festival à sa charge, de payer un salaire net élevé à Ben Barbaud afin qu’il s’occupe de la programmation et même d’embaucher du personnel. Mais après quelques temps, Ben se rend compte que quelque chose cloche après la disparition de chèques et une absence assez étrange du promoteur. L’édition 2005 se déroule tout de même, 33 000 personnes se côtoient au Parc des Expositions du Mans devant des têtes d’affiches telles que Megadeth, Slayer, Motörhead, Anthrax, Neurosis, Behemoth et une foultitude d’autres groupes de renom. Le festival se déroule sans encombre, mais Ben découvre alors que le fameux Mr. Cash a disparu, en embarquant toute la recette du festival ainsi que la caisse du bar en liquide. De plus, Ben apprendra en allant aux Assedic qu’aucune cotisation n’a été versée pour son salaire et celui de ses employés, qu’aucune fiche de paie n’a été déclarée et que des sponsors en distribution de boissons ont perdu jusqu’à 150.000€ dans l’arnaque. Suite à cette mésaventure, l’équipe organisatrice se retrouve sans aucun sous en poche, et met donc fin à l’aventure Furyfest. Mais Ben, de retour sur les terres de Clisson, ne comptait pas en rester là.


Affiche du Furyfest

La Renaissance: le Hellfest

Après les déboires de l’aventure Furyfest, Ben Barbaud entend parler d’un projet de festival généraliste organisé par la ville de Clisson connaissant des difficultés, il propose alors de reprendre le projet à titre gracieux. À ce moment il ne révèle pas son intention de transformer ce festival de rock familial en un des plus gros festivals métal européen par peur d’essuyer un refus de la part des élus Clissonais. Il remonte alors son équipe avec Yoann Le Nevé, récupère le soutien de tous les groupes et personnes floués lors du Furyfest 2005, et décide de baptiser son festival “Hellfest“, en hommage à un festival basé à New York ayant connu la même fin que le Hardcore FuryfestHellfest Productions est alors fondé, et la première édition se met en place.

Affiche du Hellfest 2006

Pour cette première édition, l’équipe programme de grands groupes tels que Motörhead, Soulfly, Gojira, Dead Kennedys mais devra faire face à une extinction de voix du chanteur de Korn et l’annulation pure et simple de leur prestation. Malgré un line-up fourni, et une fréquentation sur 3 jours de 22 000 personnes, les organisateurs essuient un déficit de 200000€ . Pour Ben Barbaud, l’explication derrière ce déficit vient de leurs expériences passées, source d’une certaine “timidité” quant à l’organisation, et d’un manque de prises de risques.
Lassé de toute cette histoire, Yoann Le Nevé décide de quitter le navire. Cependant, Ben le rattrape en cours de route, ayant trouvé des investisseurs, et souhaite retenter l’aventure à nouveau. L’édition 2007 est alors en marche.

Affiche du Hellfest 2007

Pour cette année, le défi est corsé : il faut effacer la dette engendrée par la précédente édition, et engranger assez de bénéfices pour que l’équipe se reverse un salaire. En conséquence, de grosses économies sont faites sur le budget du festival. Cependant, les groupes programmés sont de haute volée, avec Slayer, Korn, Megadeth, Dream Theater, la reformation de Emperor et de nombreux autres noms très connus s’ajoutent à l’affiche. Mais cela aurait été bien trop facile et un élément imprévu est venu compromettre le bon déroulement de cette édition: la météo. Une véritable tempête s’acharne sur Clisson et transforme le site du festival en gigantesque marécage boueux. Korn annule une nouvelle fois son concert, car la scène n’est pas étanche. De plus, un groupe électrogène prend feu et le bus de Slayer mettra 4h pour parvenir à sortir du terrain embourbé dans lequel il se trouvait. L’organisation a payé le prix fort leurs restrictions budgétaire. Parmi les 40.000 festivaliers présents cette année là, nombreux ont critiqué le festival et ses conditions d’accueil, mettant à mal la réputation de ce dernier. Cependant, malgré ces déboires, l’organisation avait atteint ses objectifs financiers et pouvait enfin respirer un peu, avant de préparer la prochaine édition, qui marquera un tournant décisif dans l’histoire du festival.

Affiche du Hellfest 2008

Pour l’édition 2008 du Hellfest Open-Air, toute l’équipe décide de mettre le paquet pour rattraper la mauvaise réputation de l’année précédente. Le budget explose : les installations sont de bien meilleures qualités, la communication dans les médias largement plus présente, une troisième scène la “Discover Stage” est mise en place, des groupes plus inattendus tels que Gamma Ray et Helloween sont programmés afin de fédérer le plus de public possible. Résultat : 45.000 personnes seront présentes pour voir des groupes tels que Slayer, Motörhead, Ministry, Opeth. Et cette fois, le soleil est au rendez-vous !  L’organisation est ravie, les festivaliers le sont également. Après 6 ans de déboires, Ben Barbaud et son équipe tiennent enfin le festival qu’ils souhaitaient depuis si longtemps.

Le Hellfest 2009 ne fera qu’accroître cette popularité montante, afin de propulser le festival en nouveau lieu de pèlerinage pour les amateurs de musiques extrêmes de toute l’Europe ! Sur 3 jours, plus de 60.000 personnes se rassembleront devant des têtes d’affiches telles que Manowar, Marylin Manson, Mötley Crüe, Gojira, Killing Joke, Dream Theater et bien d’autres. Année après année, le festival parvient à fédérer un public toujours plus diversifié, et nombreux, notamment grâce à une publicité à grande échelle autour de l’évènement, qui se fait aux dépends de l’équipe organisatrice…

Eh oui ! Il aurait été optimiste de pouvoir programmer un festival de “musiques extrêmes” sans avoir à subir le mécontentement de certaines personnes. Ces personnes se sont avérées être Christine Boutin et Philippe De Villiers, deux personnalités politiques connues ayant des griefs contre le Hellfest. En effet, ils associent respectivement le festival avec la “culture de la mort” et le “satanisme” dans leurs différents discours. Cependant, en plus de ne pas parvenir à mettre des bâtons dans les roues du Hellfest, ils lui offrent un coup de pub gratuit et inattendu, qui permet d’accroitre sa popularité au niveau national de façon significative. Le festival sera soutenu par des personnalités importantes, telles que Frédéric Mitterand, alors Ministre de la Culture, ainsi que le regretté Patrick Roy, député PS qui avait pris la parole lors de l’Assemblée Nationale pour défendre le Hellfest, lui-même habitué des lieux. Résultats : l’édition 2010 aura rassemblé 70 000 festivaliers, dont des petits curieux venus voir en quoi ce “Festival de l’enfer” avait fait tant parler de lui. Cette curiosité les aura amenés à voir Kiss, Deftones, Motörhead, Alice Cooper, Twisted Sister, Slayer, Saxon, Loudblast et beaucoup d’autres. L’année suivante, ce ne seront pas moins de 75 000 visiteurs présents à Clisson pour assister aux concerts de Ozzy Osbourne, Scorpions, Judas Priest, Opeth, Black Label Society, Kreator. Mais une nouvelle vient perturber toute l’organisation pour l’édition suivante.

Affiche du Hellfest 2010

En effet, un lycée doit être construit sur le site qui accueille habituellement le festival chaque année. Tenant compte de la popularité grandissante du festival, des villes proches comme Nantes ou Ancenis se proposent de trouver un nouveau lieu pour que le Hellfest ait lieu dans leurs agglomération. Mais la ville de Clisson, au fil des ans, est devenue très attachée à cet évènement, et se démène corps et âmes pour permettre au festival de rester à proximité. Le complexe sportif du Val-de-moine qui accueillait le Hellfest depuis 6 ans est donc abandonné au profit d’un nouveau site au nord-est de Clisson, pour une surface quasiment deux fois plus grande pouvant contenir 50 000 personnes par jour.

Qui dit nouveau site, dit nouvelles installations. Le Hellfest Crew, fort de leur nouvel espace dédié, décide de rajouter deux scènes supplémentaires, pour un total de six. À partir de l’édition 2012, les festivaliers pourront donc pogoter devant les Main Stage 1 et 2, la Temple, la Altar, la Valley et la traditionnelle War Zone. Cette nouvelle configuration, toujours en place à l’heure actuelle permet d’ajouter pléthores de nouveaux groupes et de mieux répartir les festivaliers sur le nouveau site. Au total, ce ne seront pas moins de 115000 personnes qui traîneront leurs guêtres sur le nouveau site du Hellfest pour voir Guns N’ Roses, Megadeth, Lamb of God, King Diamond, Lynyrd Skynyrd, Cannibal Corpse, Children of Bodom, Behemoth, pour assister à ce nouveau format. Format qui sera reproduit l’année suivante, après le franc succès rencontré par la précédente édition. Car même si, pour la première fois, le festival accuse une baisse de fréquentation (102 000 personnes sur 3 jours), notamment à cause de la concurrence du Sonisphère à Amnéville, le public est au rendez-vous pour les présences monumentales de Danzig, Kiss, Def Leppard, Korn, Whitesnake, Stonesour, Sick of it all, Ghost, Twisted Sister.

Le Hellfest atteint là sa configuration et sa forme telle qu’on les connaît aujourd’hui. Mais pour l’édition 2014, Ben et Yoann voient encore plus grand et décident de miser gros. Car à l’annonce des premières têtes d’affiches, tout le monde reste coi : Aerosmith, Black Sabbath et Iron Maiden. Ces trois groupes légendaires vont se côtoyer au sein du même festival. Pour de nombreux festivaliers, des rumeurs chaque année annonçaient la venue d’Iron Maiden, au point que le groupe était devenu une véritable arlésienne. Et là, pour la première fois, le groupe de heavy métal britannique est programmé en tête d’affiche.

Affiche du Hellfest 2014

Avec une affiche aussi exceptionnelle, complétée par des groupes tels que Rob Zombie, Deep Purple, Soundgarden, Slayer, Trivium, Death, Soulfly, Avenged Sevenfold, Monster Magnet, Turbonegro, Behemoth, Gorgoroth, Eluveitie, plus de 152 000 personnes répondent présentes, pour un line up où les générations et genres se bousculent sous une canicule assez imprévisible. L’édition 2014 marque également la première année où le festival se tient à guichets fermés, toutes les places s’étant écoulées en un mois et demi après la mise en vente.

Dix ans. Voilà désormais dix ans que le Hellfest Summer Open Air existe. Et pour cette dixième édition, le Hellfest 2015 a prévu de fêter ça, sous forme de programmation “best-of”, en invitant bon nombres de groupes ayant participé à la renommé du festival telle qu’on la connaît aujourd’hui. Parmi eux, notons la présence de Slipknot, Mastodon, Judas Priest, Alice Cooper, ZZ Top, Marilyn Manson, Korn, Meshuggah, Cannibal Corpse, Killing Joke, Anthrax, et Motörhead, qui livrera ici son ultime concert en terre clissonnaise. Mais attention ! le line up ne se contente pas du retour de groupes déjà venus et nous propose d’agréables surprises de programmation avec Faith No More, Body Count, NoFX, Superjoint Ritual, Triggerfinger, Dead Kennedys. Au total, 140 000 festivaliers seront de la partie pour fêter les 10 ans du Hellfest, avec un feu d’artifice exceptionnel le samedi soir, qui aura ému plus d’une personne. Cette année encore, l’évènement s’est retrouvé sold out en seulement 20 jours!

Mais après un anniversaire haut en couleurs, le Hellfest Crew ne compte pas s’arrêter en si bon chemin ! Ce n’est que le début ! Avant de parler de l’affiche de l’édition 2016, attardons nous un moment sur les nouveautés en terme d’installations. La Warzone, qui était difficile d’accès et peu pratique lors de grands mouvements de foules, a été totalement repensée et agencée autour d’une nouvelle zone de détente particulièrement réussie, au sein de laquelle trône une superbe sculpture en métal de quinze mètres de haut, en hommage à Lemmy Kilmister, chanteur et bassiste légendaire du groupe Motörhead, décédé le 28 Décembre 2015.

Affiche du Hellfest 2016

Pour l’édition 2016, comme pour l’année précédente, la vente de Pass 3 jours s’effectue avant l’annonce des premiers groupes, afin de favoriser les habitués du festival. Cette méthode a fait (et fait toujours) l’objet de nombreuses discussions et débats animés. Mais qu’à cela ne tienne, quelques jours suffisent pour que tous les billets soient vendus. C’est quelques semaines plus tard que les premiers noms tombent : Rammstein, Black Sabbath, Twisted Sister, Gojira, Ghost, Korn, The Offspring, Abbath, Napalm Death, SunnO))), Mass Hysteria, Turbonegro, Killswitch Engage. Autant dire que tout le monde est servi et nombreux sont les fans excités de la venue des géants que sont Rammstein pour un concert au Hellfest, après tant d’années de silence radio. Et en effet, le show des allemands a rempli toutes ses promesses, avec des jeux de scènes et effets pyrotechniques du plus bel effet, typique du groupe. Face à eux, la foule rassemblée était gigantesque, quasi étouffante. Un autre groupe a su marquer les esprits en cette onzième édition : les suédois de Ghost. Empreint d’un fort aspect satanique, ils ont su impressionner autant les amateurs que les néophytes. Avec un style hard-rock/dark-pop qui lui est propre et des costumes éclatants, Papa Eméritus III et ses Nameless Ghouls ont livrés un show spécialement conçu pour le Hellfest, en clôturant leur prestation avec la présence de chœurs d’enfants, apportant un plus non négligeable à l’atmosphère “messe noire” que dégage le groupe. Pour ces trois jours de festival, le nombre de festivaliers présents bat un nouveau record, car pas moins de 159 000 personnes sont venues assister à cette onzième édition.

Affiche du Hellfest 2017

Les 16, 17 et 18 Juin dernier, le Hellfest a battu son plein sous un soleil de plomb pour sa douzième édition, une des plus chaudes depuis le lancement du festival. Cette année encore, les Pass 3 jours se sont écoulés en seulement quelques jours avant la moindre annonce quant aux têtes d’affiches. Au total, pas moins de 180.000 métalleux sont venus en terres clissonnaises assister aux concerts de Deep Purple, Aerosmith, Rob Zombie, Prophets of Rage, Behemoth, Opeth, Slayer, Wardruna, et l’ultime concert en France de Linkin Park (dont la présence au Hellfest a été fortement critiqué), avant le suicide de son chanteur Chester Bennington le 20 Juillet 2017… Mais une des particularités de cette édition est la quantité impressionnante de nouveaux venus dans l’histoire du festival. Sur pas loin de 160 groupes programmés, plus de la moitié venaient pour la toute première fois pour cette douzième édition, dont Wardruna, Avatar, Animal as Leaders, Chealsea Grin, Ghost Bath, Primus, Ill Nino, Perturbator, Helmet, etc… 

La scène française n’était pas en reste pour autant, et beaucoup de groupes de qualités étaient programmés cette année. Alcest, Tagada Jones, Sidilarsen, Igorrr, Regarde les Hommes Tomber, Déluge, Mars Red Sky, Betraying the Martyrs et les légendaires Trust nous ont fait l’honneur de leur présence. Mais si il y a bien un concert qui a marqué l’esprit du public lors de ce Hellfest 2017, c’est le show des nantais déjantés d’Ultra Vomit qui n’avaient pas trainé leurs guêtres à Clisson depuis 2008. Même en plein soleil le dimanche après-midi, le public a répondu présent en nombre pour assister au concert loufoque et absurde que nous avaient concoctés les quatre membres du groupe pour la sortie de leur dernier album “Panzer Surprise”. Ce Hellfest 2017 a tenu toutes ses promesses, et ni la chaleur pesante ni la poussière n’auront eu raison du moral et de la détermination des nombreux festivaliers, présents cette année en nombre record!

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