Lee Fields & The Expressions – Le Bikini Toulouse – 19/11/2017

Combien d’artistes ayant enregistré leur premier 45-tours en 1969 sont-ils encore dans le circuit ?
A 66 ans, Lee Fields est l’un des rares vétérans de la soul toujours en activité. Surnommé “Little JB“, pour sa ressemblance avec James Brown, ce natif de Caroline du Nord a tout chanté, blues, soul, funk, a traversé des dizaines de labels différents (12 exactement).
Choriste pour Kool & the Gang, O.V. Wright, Darrell Banks et bien d’autres, il a connu quelques hauts et beaucoup de bas, avant de goûter sur le tard à une reconnaissance internationale. Le grand public a fait connaissance avec sa voix chaude et rauque grâce aux morceaux du DJ Martin Solveig (Jealousy et Everybody).
La vague du revival soul des années 2000, ne pouvait que remettre sur le devant de la scène un tel interprète.
En 2008, The Expressions, des musiciens experts en groove lui déroulent le tapis rouge avec My World, un album majeur, un pur écrin de soul doré à l’or fin.
Son nouveau disque, Special Night sur le label Truth and Soul Records, est du même carat.
Puisque Sharon Jones, Charles Bradley, Emy Winehouse et d’autres ne sont plus de ce monde, Lee Fields est devenu indispensable.
Dans le cadre de sa tournée européenne, Lee Fields et ses Expressions ont eu la très bonne idée de faire une escale Toulousaine, le dimanche 19 novembre 2017, dans la salle culte et légendaire du Bikini.
Billet en poche et accréditation photo acceptée, nous voici en route pour plonger dans l’univers du soulman. La salle est à la hauteur de l’artiste… Humaine.
Pour chauffer la salle un duo de DJ roots VECT & TRINIDAD [RAMBO BOYZ], 45 tours en mains, nous plonge dans une atmosphère très philly sound, à coup de Gwen McCrae et autre Baby Lloyd.
Puis un gros bras apparaît et intime l’ordre à nos 2 pousses disques de se retirer sur la pointe des pieds, la soul n’attend pas. L’arene est à la disposition du backline des musiciens. Déjà, ça sent le roots et le vintage.
La fumée annonce le debut de la messe. Les Expressions font leur entrée, ils interpellent le public, et entament un instru, dans la pure lignée des revues soul. Puis, le chanteur est appelé sur scène via son bassiste jouant les speaker 60’s « Mister Leeeeeee Fields ! ».
Là, l’artiste de 66 ans multiplie les interpellations au public : « Etes-vous heureux ? ». Un prédicateur, en effet, menant une chorale de musiciens vêtus de costumes bleus anthracites. Les rayons des néons roses réverbérant sur sa veste rouge à paillettes, il annonce les titres comme Special Night, FaithFul Man ou autre Whish you where here.
Le public se rapproche, s’embrasse et se relâche quand la soul de Lee Fields devient funk. Et nous sommes à la messe, ânonnant en raison d’un anglais approximatif des phrases toutes faites mais exaltantes : « Nous pouvons rendre le monde meilleur, si nous nous y mettons ensemble “, refrain du morceau écolo Make The World. Mais peu importe ce que Lee Fields dit, c’est la façon de le dire qui fascine : d’une voix à la fois rauque, puissante et précise. Aux alentours de 22 heures dimanche 19 novembre 2017, Le Bikini est devenu l’autel du temple de la Soul sur lequel Fields aurait pu être rejoint par James Brown, Marvin Gaye ou Curtis Mayfield.
Moi, dès les premières secondes, je m’envole, je quitte mon corps et je côtoie les anges. Une douce chaleur soul me remplit, indéfinissable, profonde et salvatrice. Je me sens bien, heureux, comme chargé d’Amour.
Le groupe est puissant, le son prodigieux, la mise en place au millimètre. Special Big Up, à un batteur époustouflant qui emporte tout le groupe avec lui. Guitariste et bassiste se font face, avec un flegme très british, pour clamer, haut et fort, des chœurs très Beatles Touch.
Autour de moi, le public s’abandonne, se sent bien, souffle. Le temps s’est arrêté.
Lee Fields démontre sur scène une énergie rare, une émotion inégalée. Et il n’y a là aucun artifice technique ou mercantile ; simplement la recherche de la perfection dans un art qu’il cisèle depuis des décennies.
Quand le public commence à rougir, Lee Fields disparaît façon old school, l’instru du début, sonne le rappel, le dernier sermon avant la fin de la messe.
L’homme revient, pour un funk canonique, la salle hurle le refrain, ça transpire, ça éructe, ça vit l’instant présent et là, au sommet, c’est pour beaucoup la frustration, au bout 1h15 de paradis, retour sur terre, Lee Fields quitte la scène pour de bon, suivi de ces sbires. Beaucoup articulent, incrédules :”Déjà ?”.
Moi, je discute encore avec les anges qui ont fait cette musique. Je suis bien. Fields dans ta chambre, l’envie de ramener un bout de vinyle, un peu de sa voix gravé dans le sillon. Faut pas oublier que l’homme a 66 ans, qu’il ne triche pas, et qu’il vaut mieux, un live puissant et court, qu’une prestation de fond de court laborieuse… J’acquiers une de ses galettes noire et comble de la chance, le bonhomme passe derrière le merchandising et se prête volontiers au jeu des dédicaces et moult selfies.
Sur la couverture, ces quelques mots résument parfaitement ce moment rare : “Love Is The answer”.

Le site officiel : Lee Fields & The Expressions
Photos : © Laurent Sabathé.
Texte : © Nono
Lieu :
Le Bikini (Toulouse, FRANCE) | 19/11/2017

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